Cette série de portraits de James Joyce correspond à
ma projection dans son univers. Plus je le lisais, plus le personnage
me fascinait. Je le suivais de Dublin à Paris, des «
Dubliners » à « Ulysse », du «
Portrait de l’Artiste en Jeune Homme » à «
Stephen le Héro », en suivant la biographie de Richard
Ellmann.
J’ai voyagé à travers son œuvre et sa vie, lui rendant hommage par cette série de portraits inspirés des nombreuses photographies dont il fut l’objet.
A l’époque où je découvrais son oeuvre
lorsque j’entrais en «Joycie» avec un ami :
Jean-Pierre GUILLOU, je planchais sur les radis. Dans ma dialectique
radis /paradis le crucifère parodiait l’au-delà
du crucifié : les pieds sur terre et non l’âme
exilée en attente de retrouver la maison du Père.
Quel est le rapport avec Joyce ? Le rattachement au vulgaire domestique
journalier… un bloom végétal en quelque sorte.
Il me plut ainsi de les mêler dans des télescopages
dessinés-peints dont l’ambition relevait de ma lecture
de « Finnegans Wake » : la contraction des mots, la
polysémie, l’histoire utilisée dans tous les
sens…Ulysse à Dublin au 7 Eccles Street, l’amateur
de rognons trimbalé de pub en bar, avant de rejoindre sa
femme mi-endormie dans le tissage de sa sexualité.
Plusieurs années nous délirâmes ainsi, Jean-Pierre et moi, surtout lors de nos expéditions parisiennes de bar en café, écrivant la ville à notre façon. Aujourd’hui qu’il n’est plus, je suis seul témoin de cette histoire d’Ulysses Bretons partis en quête d’aventures Joyciennes.
Dans mes peintures je n’ai pas tenté d’illustrer des passages de ses livres, mais le personnage « tout-dans-la-tête-vaste-front », le regard tourné vers le cerveau, menton galoche, sûr de lui, provocateur… Dans les portraits j’ai voulu y mettre son œuvre. Quand je lis Joyce, je le vois.
François FLOC’H le 8 juin 2004.